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PASCER

Choisir un objectif qu'on a une chance de tenir

Une date, une distance, et un nombre de créneaux qui existent vraiment dans la semaine. Comment je choisis un objectif à partir du temps que j'ai, pas de l'ambition que j'aimerais avoir.

Un homme qui court sur la plage au coucher du soleil

On me demande souvent quel objectif viser. La question arrive presque toujours dans le mauvais sens : on part de la distance qui fait envie, puis on cherche comment la caser dans la semaine. Ça ne marche pas. Ou plutôt, ça marche trois semaines, jusqu'au premier imprévu.

Je fais l'inverse. Je regarde la semaine telle qu'elle est, je compte ce qui reste, et l'objectif sort de ce calcul. C'est moins flatteur. C'est surtout beaucoup plus solide, et c'est notre approche de la course à pied quand le temps est compté : construire à partir de ce qui existe, pas de ce qu'on voudrait avoir.

Un objectif tient sur trois informations

Une date. Une distance. Un nombre de séances hebdomadaires.

Un homme qui court en ville en pleine journee

Si l'une des trois manque, ce n'est pas un objectif, c'est une intention. « Me remettre à courir » n'est pas un objectif. « Faire un semi un jour » non plus. Ce sont des envies, et une envie ne survit pas à un mois de novembre.

La date, c'est ce qui donne une fin. Un entraînement sans fin est un entraînement qu'on peut toujours reporter d'une semaine. La distance, c'est ce qui détermine le contenu des séances : on ne prépare pas un 10 km comme on prépare un trail. Et le nombre de séances, c'est la seule des trois qui ne se décide pas, qui se constate.

Je ne vais pas vous vendre une méthode avec un acronyme. Ce n'est pas une technique, c'est de l'arithmétique.

Le nombre de créneaux se compte avant de choisir la distance

Voilà l'ordre que je respecte : d'abord les créneaux, ensuite la distance, ensuite la date.

Un groupe de personnes qui courent ensemble

Compter ses créneaux, ce n'est pas estimer le temps qu'on pourrait dégager si tout allait bien. C'est identifier les plages qui existent déjà, que rien ne vient déplacer, et qui tiendront aussi dans une semaine pourrie.

Ma semaine en ce moment, pour donner un exemple concret : piste le mardi soir à 18 h 30, handball en club le mercredi et le jeudi à 17 h 30, une heure quinze de course le vendredi soir, une heure trente le dimanche matin à 9 h. À côté de ça, environ 47 heures de travail par semaine.

Ce planning n'est pas un idéal. C'est le résultat d'un tri. Le mardi et le dimanche sont les deux créneaux que personne d'autre ne me dispute, donc ce sont les deux que je protège. Le vendredi soir est plus fragile : c'est celui qui saute quand la semaine déborde, et je le sais à l'avance.

Trois séances de course, c'est le socle de tous mes plans, et ce n'est pas un hasard : c'est le nombre qui tient encore quand la semaine se dégrade, même quand l'agenda est déjà plein. Le renforcement est en option, sauf pour le marathon.

Une fois les créneaux comptés, la distance devient une conséquence, pas un choix. Trois créneaux d'une heure et un week-end disponible, c'est un 10 km. Trois créneaux et une sortie longue qui peut atteindre deux heures et demie, c'est un semi. Si on n'a que deux créneaux fiables, on ne choisit pas une distance : on construit d'abord la régularité, ce qui est exactement l'objet d'une reprise après plusieurs années d'arrêt.

Le 10 km est le bon premier objectif chiffré

Pour la plupart des gens qui reprennent, le 10 km est le meilleur premier objectif, pour trois raisons que je constate régulièrement.

Un coureur sur une piste sous une lumiere doree
  • La préparation tient en dix semaines. C'est court. On voit la fin dès le départ, et dix semaines, c'est une durée qu'on arrive à se représenter. Seize semaines, non.
  • La sortie longue reste raisonnable. Elle n'avale pas la matinée entière. Elle se glisse dans un dimanche qui a aussi des courses à faire et une famille à voir.
  • Une semaine ratée ne casse rien. Sur dix semaines, une semaine sautée se rattrape. Sur une préparation marathon, le volume est tel que le retard s'accumule vraiment.

Il y a un quatrième argument, moins technique : le 10 km se recommence. On peut en refaire un six mois plus tard, sur le même plan, sans que ce soit un événement. C'est ce qui construit l'habitude, plus qu'une grande date isolée.

C'est pour ça que notre plan 10 km construit pour Bordeaux est calé sur dix semaines et sur la date réelle de l'épreuve : on remonte le calendrier depuis le jour de la course, on ne le déroule pas depuis aujourd'hui.

Je ne vous promets pas de chrono. Je ne sais pas ce que vous allez faire sur dix kilomètres, et personne ne le sait avant. Ce que je sais, c'est qu'une préparation de dix semaines à trois séances va au bout plus souvent qu'une préparation de seize.

Le marathon se choisit souvent pour de mauvaises raisons

Le marathon a un problème : c'est la distance dont tout le monde a entendu parler. C'est celle qui impressionne à table. Résultat, beaucoup de gens la choisissent d'abord, et cherchent ensuite le temps pour la préparer. C'est souvent la même mécanique qui pousse à vouloir se dépasser sans se raconter d'histoires : on vise l'exploit qui impressionne, plutôt que la préparation qui tient.

Un homme qui court dans une rue

Seize semaines. Un volume qui monte franchement. Des sorties longues qui mangent une demi-journée. Et le renforcement qui n'est plus facultatif, parce qu'à ce volume les blessures ne pardonnent plus. Ce n'est pas une question de courage, c'est une question d'heures disponibles. Si elles n'y sont pas, la préparation s'arrête vers la dixième semaine, et souvent ce n'est pas seulement le marathon qui s'arrête : c'est la course en général, pour un moment.

Une distance qu'on abandonne coûte plus cher qu'une distance qu'on n'a pas tentée.

Ce n'est pas un argument contre le marathon. J'ai un plan marathon au catalogue, et il est fait pour être suivi. C'est un argument contre le marathon choisi en premier, sans avoir jamais tenu dix semaines d'affilée. L'ordre compte. Un 10 km au printemps, un semi à l'automne, un marathon l'année suivante : ce n'est pas de la prudence excessive, c'est la seule séquence qui vérifie au fur et à mesure que la semaine encaisse.

Les préparations qui s'effondrent le font rarement par manque de volonté. J'ai listé les signes qui montrent qu'une préparation part de travers, bien avant que ça casse.

Une inscription payée ne se négocie pas

C'est le point où je suis le plus catégorique, et le plus difficile à faire admettre.

Une coureuse sur une route de campagne en pleine journee

Un objectif flou se renégocie tous les matins. « Je vise le printemps » devient « plutôt l'été », puis « de toute façon j'ai repris à zéro ». Personne ne ment, c'est juste qu'un objectif sans date fixe accepte d'être déplacé, indéfiniment.

Une inscription à une course réelle ne se déplace pas. La date est décidée par quelqu'un d'autre. Elle est payée. Elle existe dans un calendrier qui n'est pas le vôtre. Ce n'est pas une question de motivation ni d'engagement moral : c'est une contrainte extérieure, et les contraintes extérieures tiennent mieux que les décisions personnelles.

Concrètement, ça change trois choses :

  1. Le compte à rebours devient vrai. Dix semaines avant, ce sont vraiment dix semaines, pas une estimation.
  2. Les séances se hiérarchisent seules. Quand la date est fixe, on sait quelle séance déplacer et laquelle protéger.
  3. La reprise après une semaine ratée est plus rapide. On ne se demande pas si ça vaut encore le coup. La date est là, on reprend.

C'est aussi pour ça que mes plans de course sont calés sur la date de l'épreuve plutôt que vendus comme un contenu générique. Un plan qui commence « quand vous voulez » commence rarement.

Ce que je ferais à votre place

Ouvrez un calendrier. Cherchez une course à huit ou douze semaines, quelque chose d'atteignable, pas l'épreuve mythique de la région. Regardez ensuite votre semaine et entourez trois plages qui existent déjà. Si vous n'en trouvez que deux, prenez une échéance plus lointaine, ou une distance plus courte.

Trois coureuses de dos sur une route, en silhouette

Puis inscrivez-vous, avant de commencer à vous entraîner. Pas après. L'ordre compte ici aussi : c'est la date qui fait tenir les séances, pas l'inverse.

Ça n'a rien d'exaltant. C'est une date, une distance et trois créneaux. Mais c'est le seul montage que j'ai vu tenir sur des semaines à 47 heures, y compris les miennes, y compris les semaines où tout saute.